Souffle de Terres
Les créations d’Aymelina s’inspirent des mondes animal, végétal et minéral qui entrent très souvent en résonnance avec sa vie intérieure et la nourrissent. C’est ainsi que le Manchot empereur s’est immiscé dans sa vie et son imaginaire, de manière abstraite, comme le suggère cette oeuvre. Regarder, toucher, caresser et se laisser émouvoir par des galets récoltés en bord de mer, par les feuilles, les écorces ou les racines des arbres lors de balades en forêts ou en arpentant les landes, contempler les flammes d’un feu, tout ceci l’inspire et lui souffle des rêves d’enfumage. C’est pourquoi, elle s’est, entre-autres, formée au raku nu et à différentes techniques d’enfumage dont elle aime le coté imprévisible.


D’autres formes semblent plutôt vouloir expérimenter un certain équilibre instable, avec des ouvertures presque muettes ou des tentatives d’exprimer un secret plus vaste.
En effet, la matière porte en elle un dessein face aux mains qui s’apprêtent à la modeler, dessein qu’elle laisse émerger petit à petit au gré d’une technique de montage qui induit, ou influence, à son tour, la forme. Qu’elle modèle une pièce de manière intuitive, ou bien qu’elle la façonne à partir de techniques précises, comme le colombin plat d’Afrique de l’Ouest ou la boulette mexicaine, elle laisse la terre lui montrer le chemin, ou trouver son propre chemin, dans une sorte de dialogue intérieur silencieux et indicible, une sorte de va-et-vient entre l’intérieur et l’extérieur au cours duquel s’impose l’impression de se laisser porter par un mouvement, une danse, voire un Souffle.
Après le façonnage d’une pièce, c’est-à-dire lorsqu’elle est enfin « sortie de terre », et un certain temps de séchage, Aymelina passe de longues heures, dans une sorte d’état méditatif, à la polir avec des agates jusqu’à ce que cette dernière brille d’elle-même et révèle sa propre lumière. C’est pour l’artiste un moment suspendu, hors du temps.
Ensuite, après l’évaporation lente et progressive des dernières particules d’eau au sein de la pièce, vient l’épreuve, ou la nuit, de feu qui, avec le souffle du vent, va décider de la véracité du cheminement effectué par la pièce tout au long de son élaboration, et de son avenir, en la révélant à elle-même, sous l’effet des flammes qui viendront la marquer à tout jamais de traces et d’empreintes de fumées. C’est donc avec plaisir, que l’artiste partage avec vous ces pièces qui ont réussi à traverser l’épreuve des éléments pour oser montrer au grand jour ce qu’elles portaient en elles dès l’origine.
